Comme à chaque 26 mai, je cherche à me retrouver dans des endroits magnifiques et paisibles pour commémorer le décès de papa. Cette année, ça fait trois ans et j'ai décidé d'aller passer du temps sur les îles frisonnes, aux Pays-Bas. J'avais lu à propos de cet endroit pour la première fois dans mon livre du Lonely Planet sur les meilleurs treks en Europe. On y décrivait de grandes vasières à perte de vue et des dunes de sable où on peut marcher des heures. La mer des Wadden est un lieu unique au monde protégé comme site de l'UNESCO. On y décrit un horizon vaste et plat, une ambiance silencieuse où il fait bon prendre son temps pour observer les oiseaux migrateurs et la faune aquatique comme les phoques. Ça, c'est exactement le genre d'endroit où se trouver un 26 mai.
Alors après avoir arrêté quelques jours chez Maïté pour lui laisser ma valise pleine de souvenirs que je retrouverai dans un mois, je continue la route avec le nécessaire et par dessus tout, mes nouvelles bottes de pluie fleuries que j'ai pognées chez Deichman le jour d'avant. Je prend quelques correspondances de train vers Harligen Haven, le port où se trouve le ferry qui va m'amener sur l'île de Terschelling. J'ai trouvé une auberge de jeunesse à un prix un peu cher pour ce type d'hébergement, mais considérant le prix de tous les autres disponibles, un lit simple dans un dortoir mixte est le niveau que je peux me permettre. Il vente, il pleut et il fait froid sur ce ferry, on aurait dit une fin d'octobre québécois. Le ferry prend deux heures à se rendre sur l'autre rive, donc j'ai le temps de commencer à écrire ce blog.
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Là bas, c'est mon auberge de jeunesse. La localisation est idéale.
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Au port de Harligen Haven.
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Pendant la traverse, on a croisé des dizaines de voiliers qui n'avaient pas de misère à naviguer avec tout ce vent.
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| Un vent qui décoiffe sur un temps. |
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| Au port de Terschelling. |
Je pose mes affaires dans le lit que j'ai choisi, le bunk-bed du haut, près de la grande fenêtre qui donne sur la terrasse et la mer des Wadden, et je vais me promener, me familiariser avec les alentours. C'est beau, sécuritaire et paisible. C'est donc vrai que c'est le paradis des oiseaux, car il y en a vraiment beaucoup, dont plusieurs sortes que je n'ai jamais vues. Des petites pattes rapides, de longues pattes élégantes, certains plannent gracieusement, d'autres battent des ailent rapidement, il y a ceux qui dorment la tête sous l'aile, et ceux qui se déplacent comme des p'tits hyperactifs. À travers tout ça, une toute aussi grande variété de chants.
J'ai rencontré mes roommates, Jamal, des Pays-Bas, et Jadwiga, de la Pologne. On est les trois dans notre grand dortoir de 12 places. Sans le savoir, on allait créer des souvenirs ensemble dans les jours à venir. Ce soir là, je suis allée en bas dans l'aire commune pour écrire mes notes de blog, et Jadwiga est venue, à côté de moi, pour écrire des lettres à la main qu'elle envoie à ses proches pendant ses voyages. Sa compagnie sans nécessairement se parler était la bienvenue.
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Mes petites bottes de pluie fleuries.
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De la belle végétation tout le long des rives.
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| Le paysage typique tout au long de ma promenade, des dunes de sables et de l'herbe longue. |
Le lendemain, j'ai pris mes deux jambes et marché vers le port les cheveux au vent pour aller me louer un vélo pour parcourir cette île. On me propose un vélo électrique pour 25 € par jour, ce que j'accepte avec plaisir après avoir expérimenté les rafales de vent qui me décoiffent depuis mon arrivée. J'ai fait le tour de l'île ce jour-là. Je me suis baladée avec mon vélo sans effort, sur des kilomètres de pistes cyclables. J'ai traversé des prairies et vu plus de moutons que de voitures aujourd'hui. À peu près à la hauteur du village d'Oosterend, les routes s'arrêtent pour faire place à une aire protégée, le parc national de Boschplatt. C'est là que j'ai parké mon vélo. Je l'ai verrouillé sur lui-même et j'ai traversé des dunes de sable et d'herbe longue pour rejoindre la mer du Nord.
C'est du bleu, du sable et du vert à perte de vue. Tellement qu'on en perd la notion de distance. J'ai marché pendant plusieurs minutes sans avoir l'impression d'avancer. Les fins grains de sable que le vent fait rouler sous mes pieds provoque l'illusion extraordinaire de faire du sur-place alors que je fais quand même des pas. Cette sensation de paix environnante contraste avec le bruit du vent qui entre dans le capuchon de mon imperméable. Un bruit fort, mais pas fort désagréable comme celui d'une machine à diesel, plutôt fort comme un écosystème qui se donne tous les droits. Des plages vides et venteuses. Ça c'est mon genre de plage. Pas personne de stressés avec leurs boîtes à lunch et leur crème solaire. Que le vent et d'autres marcheurs qui apprécient le calme. Tout comme les plages froides de l'automne norvégien, les plages du printemps de Terschelling sont une expériences uniques. Je me suis assise dans le sable, ou devrais-je dire couchée dans le sable à la manière d'une étoile de mer. J'ai constaté où je suis, sur une planète immense, et cette planète tourne de la même façon pour tout le monde, peu importe. Et moi je suis sur Terschelling, toute seule dans l'étendue de Bochsplaat, à être sincèrement reconnaissante de la vie que j'ai. Je pense revenir exactement ici demain, le 26.
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| Mon vélo électrique aux abords de la mer des Wadden. |
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| Moutons qui broutent sur le chemin. |
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| Sourire de beach. |
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| Merci aux bottes de pluie de me permettre de marcher dans toute cette eau peu profonde. |
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| Sable sec et coquillages. |
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| Les dunes, ce ne sont pas des sentiers balisés, on va où on veut sans danger ni direction recommandée. |
J'ai rendez-vous pour un lunch tardif sur cette même plage, à quelques kilomètres d'ici, avec Jamal et Jadwiga au restaurant West aan Zee. Je reprends mon e-bike avec le vent dans le dos cette fois. Burgers et bières au menu, on passe le peu de temps à faire connaissance et à se recommander des endroits sur l'île qu'on découvre tous au même rythme. Jamal est propriétaire d'une auberge de jeunesse à Zwolle et est venu chercher des idées pour développer son offre. Jadwiga vient de déménager à Utrecht pour faire de la recherche universitaire et elle découvre son nouveau pays. Je me sépare de mes nouveaux amis à notre auberge en fin de journée et je continue mon chemin vers la Groene Strand, à l'ouest de l'île cette fois, pour attraper le coucher de soleil. Complètement à l'extrémité de l'île se trouve une statue de bronze représentant une femme qui regarde la mer, comme si elle attendait le retour d'un mari, d'un fils, d'un être aimé. Plusieurs marins ont péri en mer dans les siècles derniers, durant les tempêtes ou la guerre, laissant à la mer leur corps pour l'éternité. Cette statue contemplative ne manque pas d'occasions d'observer des couchers de soleil réussis et celui de ce soir ne fait pas exception.
C'était ma première journée sur Terschelling. J'ai tellement fait un bon choix. Je suis prête pour demain.
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| Zeeliedenmonument, représentant la femme pleine d'espoir (ou ayant perdu l'espoir, c'est selon) qui regarde au large. |
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| Les marais de l'ouest de l'île. |
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Le ciel rosé avant de faire place au crépuscule.
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| Mon fidèle vélo dans la brunante. |
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| Sur le chemin du retour, j'ai traversé des petits ponts et marécages. |
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