Le géant de béton

Je suis revenue de Terschelling dans un logement Home Exchange qui m'avait été fourni en remplacement de ma précédente réservation qui avait été annulée avec peu d'avis. C'était un vrai palace, avec un piano à queue, de grandes bibliothèques, des planchers à motifs et un lobby avec des fauteuils en cuir où pourraient s'assoir des bonhommes qui boivent du gros whisky onéreux dans des verres de cristal en parlant de politique ou de golf. La chance ? Non, c'était dé-gueu-lasse.

Absolument dégueulasse. Ça sentait la cigarette à plein nez, mais pas la cigarette de quelqu'un qui a fumé une fois la veille. Plutôt une odeur de vieux cendrier de la semaine passé resté sur le balcon, qui s'est mélangé avec de l'eau de pluie que tu te mets direct sous le nez pour prendre 3-4 bonnes respirations. C'était ça, l'odeur. Insupportable, je n'ai jamais vu (senti) ça et je ne peux pas croire qu'un logement avec un inconvénient aussi dérangeant indique que les fumeurs ne sont pas les bienvenus sur l'application. C'est, à mon avis, un manque flagrant de respect et une fausse déclaration. On ne parle pas d'un linge à vaisselle manquant, on parle de la fumée de cigarette. Ce n'est pas un caprice, c'est une question de santé. 

Ces huit jours dans ce logement m'avaient coûté beaucoup de points, que j'ai malheureusement perdus parce que j'ai quitté le lendemain à la première heure. À 5 heures du matin, j'étais en direction du bureau parce que je ne pouvais pas tenir ici plus longtemps. J'avais ouvert toutes les grandes fenêtres, j'avais rangé mon linge dans une penderie vide fermée, mais mon linge et mes cheveux sentaient, malgré tout, la vieille clope répugnante le lendemain au bureau. Pas question que je tienne huit jours ici. Les hôtes, un couple de vieux riches retraités qui lisent des livres de philosophie et voyagent dans les îles grecques sur croisières toutes faites, ont décidé de ne pas me rendre les points même si je suis restée moins de 12 heures, en plus d'en avoir reçu le double par la plateforme pour m'avoir hébergé short notice. Les gens les plus fortunés, les gens les moins généreux... Après avoir gentiment suggéré d'indiquer dans leur description que le logement était fumeur, par respect pour les futurs invités, ils m'ont répondu : il n'est pas indiqué qu'il est non-fumeur non plus... On voit bien ici, que chercher à assouvir ses propres intérêts prend le dessus sur le respect de son prochain. Même sur une plateforme aussi humaine que Home Exchange.

L'appli m'a remboursé les points utilisés pour mon autre logement. J'ai été très chanceuse d'être reçue le jour même par une famille dans Unterbilk à qui j'ai raconté ma mésaventure. Depuis, je demande toujours par écrit une confirmation que le logement est non-fumeur. Me ferai pas prendre deux fois. Ark. Bref, l'épisode vieux mégot derrière moi, je m'en vais respirer l'air pur et frais... en Suisse ! On se souvient de Luca, le camionneur suisse fou que j'avais rencontré au Québec en janvier. Ben nous n'avons jamais perdu contact et comme j'avais quelques jours de lousse avant l'arrivée de maman à Frankfurt, j'ai décidé de faire un détour. J'ai pris un court vol vers Genève pour aller passer un peu de temps dans ce qui doit être la plus belle région de la Suisse, le canton du Valais.

La veille à 23h, j'étais encore dans la old town de Düsseldorf en train de manger des sushis avec Nurul. Ni mon bagage, ni mon ménage de l'appartement dans lequel j'étais n'était fait. Pas grave, je dormirai dans l'avion. Well, I wish que c'était possible. Moi, dormir dans l'avion... on repassera. J'ai quitté ma ville préférée assez tôt le matin, je n'ai donc pas vraiment eu le temps de réaliser que je vais revenir seulement dans longtemps ici. Je suis arrivée à Genève avec peu de bagage, ma valise étant restée à Soesterberg chez Maïté pour repasser la chercher avant mon vol d'Amsterdam vers Montréal. Mucho logistique. Mais c'est ça qui est ça. Je prends un premier train vers Sion, Luca vient même pas me chercher, il travaille quelque part sur des routes sinueuses dans son gros truck vert. J'avais sécurisé une heure précise pour le trajet en achetant ce qu'ils appellent un billet dégriffé. Ils sont un peu moins chers, mais pas flexibles. Finalement, un billet flexible m'aurait coûté moins cher que le panini au salami pas frais dans un ti cabaret qui m'a coûté 15 CHF dans la gare. Premier contact, mais pas le dernier, avec les prix faramineux qui m'attendent dans ce pays. 

À Sion, j'attends un bus pour aller dans la montagne et rejoindre le village de Vex. Il y a deux sortes de bus, les jaunes (la Poste) et les blancs (Theytaz, la compagnie de bus que Luca conduit occasionnellement et que j'aime affectueusement prononcer Theytazzzzzzzzz). Je récupère la clé de son appartement à la boucherie et j'ai connu sa tante au passage, qui m'a dit que Garou était déjà venu dans sa boucherie. Garou et Claudia, de la grande visite québécoise dans cette boucherie de Vex. Je suis allée faire l'épicerie en attendant Luca : enweye, de la bière et un sac de riz sur la carte de crédit, au coût de mon hypothèque mensuelle. Pas grave, je suis en Suisse. Je suis chanceuse. Je suis riche. NO LIMITES, let's go !  

On se rejoint à l'appartement après son travail pour aller tout de suite en direction d'un site particulier de la commune d'Hérémence, le barrage de la Grande Dixence. C'est le plus haut barrage-poids au monde et le plus massif d'Europe. Mis à part être une merveille d'ingénierie, il est situé dans un cadre à couper le souffle, entouré de montagnes et retenant de toute sa puissance le lac des Dix. Je n'ai pas pu voir le lac, car le chemin vers le haut du barrage n'était pas ouvert à ce moment, mais j'ai vu des groupes de bouquetins par contre, eux ne se gênaient pas pour grimper dans la montagne ! C'est déjà une chose impressionnante de connaître les spécificités techniques d'un tel ouvrage, mais c'est quelque chose d'autre ce sentiment d'être minuscule en maudit au pied de ce barrage de 285 m, sachant que des millions de mètres cubes d'eau sont retenus par ce géant de béton qui se dresse juste devant moi.

La Chapelle Saint-Jean, construite en 1931 par les ouvriers qui ont travaillé sur le premier barrage qui n'était pas celui d'aujourd'hui. 

La Chapelle est demeurée intouchée même avec la construction du barrage d'aujourd'hui.

Luca et moi dégustant des bières valaisannes au pied du barrage. C'est notre première soirée de retrouvailles depuis qu'on s'est séparés dans le parking du Mcdo de Ste-Foy.

Les bouquetins.

Ça, c'est moi au pied du barrage. Je suis bien là, très petite devant ce mur.

Ce qui est un hôtel aujourd'hui servait autrefois à loger les travailleurs. 

Après un barrage titanesque, voilà une église bien insolite dans le paysage sur le chemin du retour. L'église Saint-Nicolas d'Hérémence présente des formes très géométriques construite dans un béton brut provenant de la même époque que celui ayant servi à la construction de la Grande Dixence. On voit qu'elle s'adapte à la configuration du terrain accidenté, elle prend de la place verticalement, mais elle s'étend aussi sur une grande surface, par de nombreux escaliers, pentes et aires ouvertes. J'ai appris qu'il y avait originalement une autre église paroissiale vieille de 1770 à cet endroit, mais elle a été lourdement endommagée par un tremblement de terre en 1946. C'est par un concours d'architecture qu'elle fût remplacée par l'église brutaliste d'aujourd'hui dont la construction s'est terminée en 1971. 

Demain, j'ai quelques plans recommandés par mon hôte local. Le Valais, ça promet ! 

L'Église Saint-Nicolas d'Hérémence.

Une cours intérieure à l'architecture brutaliste.

Succession de volumes.

Quelques sculptures d'origine ont été préservées de l'église précédente.

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