La planète Miller

Il y a, dans le film Interstellaire, une planète où le temps passe plus vite que sur Terre. À leur arrivée pour récupérer des données d'une mission précédente, les personnages descendent à bord d'une petite navette et mettent les pieds sur une surface remplie d'eau peu profonde. Le silence est lourd et l'horizon est infini, gris et glacial. On distingue au loin de grosses montagnes sombres, qui se mettent à se rapprocher jusqu'à temps qu'elles révèlent leur vraie nature : ce ne sont pas des montagnes lointaines, c'est une vague gigantesque, haute comme des gratte-ciel. La vague s'approche comme une grosse menace. Ce n'est pas le moment de passer plus de temps ici. Parce qu'une heure sur cette planète équivaut à 7 ans sur Terre. Le temps est distordu, par la proximité immédiate avec le trou noir supermassif Gargantua.

Sur Terre, un temps normal, linéaire, un temps de référence dans un univers ordonné. 
Sur la planète Miller, les heures défilent à une vitesse hors du temps. 

Sur Terre, les jours passent. 
Sur Miller, ils comptent, ils sont denses et chargés d'expérience.


À l'exception que mes souvenirs sur ma planète Miller ne sont pas gris et froid comme dans le film, c'est un parallèle temporel intéressant quant à ma façon de vivre le temps quand je prends ma pause-Québec. On dirait que je fais du time travel. Lors de mon dernier voyage, je ne suis partie que quatre mois, mais j'ai vu, entendu, vécu et appris pour l'équivalent de quatre ans. De retour sur Terre depuis le 4 février, je me sens décalée. Et ce n'est pas une question de décalage horaire, rien n'a vraiment changé. Je reviens assez vite dans un pattern routinier, où je ne fais que les choses qui doivent être faites, mais rien que j'ai vraiment envie de faire. 

Je sais très bien qu'ici, ce n'est pas la meilleure version de moi. Je n'arrive pas à m'inscrire dans cette routine et accepter un quotidien sans inspiration, sans défis, sans dépassement, comme celui qui m'est promis quand je reprends ma vie au Québec. Mais ça doit être nécessaire de passer sur Terre pour pouvoir vivre à fond les autres mois de l'année sur Miller, c'est juste une question d'équilibre.

J'ai remarqué que mes idées ne sont pas tant claires ici. Je trouve que tout est embrouillé, je ne sais pas quelles décisions prendre, car je ne sais même pas si j'ai des décisions à prendre à la base. Je n'arrête pas de me poser des questions sur le chemin à prendre, sur le moment où faire une action quelconque, alors que quand je suis en voyage, la route est simple, facile et se dessine d'un naturel que j'accepte confortablement. J'ai les bras grands ouverts aux opportunités qui se présentent sur ma route, et elle se présentent vraiment, tout le temps, un jour ou l'autre. Mais ici, c'est comme silence. Je reviens avec plein d'ambition et d'excitation. Ça dure 48 heures, pour ensuite faire place à un monde sans relief.

Pourquoi je reviens en fait ? On dirait que je reviens juste pour me rappeler que ma vie est mille fois meilleure ailleurs. Ça fait trois fois que je reviens sur Terre après de longs voyages et c'est toujours plus difficile à chaque fois. J'ai compris maintenant, mais c'est quoi le next step là ? 

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